La Loire à la reconquête du sable
Le fond de la Loire perd du terrain et manque de sable. La faute aux aménagements et à l'extraction massive de sable tout au long du 20e siècle.  Par petites touches, on tente d’aider le fleuve à refaire son lit.  Un travail qui demande patience, précision et humilité. Reportage dans les Pays de la Loire autour de l’île Coton près d'Ancenis. 
 Au sud de l'île coton, en octobre 2013, juste après les travaux.
 Au même endroit en mai 2014. 80 cm de sable en moins.
 Au même endroit en mai 2014. 80 cm de sable en moins.
 


Entre ces deux images, 7 mois et 80 centimètres de sable en moins. Et contrairement aux apparences, c’est plutôt une bonne nouvelle. Le lit principal de la Loire manque de sable et son niveau moyen baisse. Piégé dans des bras secondaires, il faut le "libérer" pour qu’il retrouve sa place dans le lit du fleuve. Les spécialistes appellent ça la "remobilisation". 

Une mobilisation bienvenue pour un fleuve qui, tout au long du 20e siècle la Loire a subi des aménagements destinés à améliorer la navigation commerciale. Il fallait concentrer le flot pour accélérer le courant. 


Entre Angers et Nantes, on a vu fleurir des petits barrages de pierre baptisés "épis". Autour des îles qui ponctuent le fleuve, des zones se sont remplies de sable. 


Très vite, la concurrence du rail, puis de la route, a mis un terme aux ambitions commerciales sur la Loire.


Le sable s’est accumulé entre les épis et dans les bras secondaires. La végétation s’est installée durablement. 

Un sable de plus en plus demandé 

L’estuaire entre Nantes et Saint Nazaire a été creusé pour permettre le passage de bateaux de plus en plus gros. Une véritable autoroute vers la mer pour le sable. En parallèle, le sable est de plus en plus demandé pour alimenter les constructions en béton. Cette extraction sera interdite dans les années 90 mais c’est déjà trop tard.    


Depuis plusieurs années, on tente de renverser la vapeur. Plus question de grands chantiers dévastateurs. On y va par petites touches. En 2013, des travaux ont été réalisés autour de l’île Coton et de l’île Macrière tout près d’Ancenis. Rien de très spectaculaire. Il s’agissait de couper et d’arracher quelques arbres et arbustes.   

Nicolas Pichon, responsable du secteur Nord-Loire pour Voies navigables de France (VNF) est chargé de la mise en oeuvre et du suivi de ces travaux.  

Conscients des enjeux depuis une vingtaine d’années, l’Etat et les collectivités se sont mobilisés pour mettre au point un plan de bataille. Ce plan baptisé Loire-Grandeur Nature implique 9 régions traversées par le fleuve et ses affluents. Le défi est de taille car la Loire ne se dompte pas. 


Il faut aussi préserver les éco-systèmes qui s’y sont développés et donc y aller prudemment. Les programmes d’actions se construisent sur la durée. Le 3e plan pour la Loire se termine et les 4e et 5e se profilent déjà pour les 15 prochaines années. 

En 2013, pour compléter le dispositif, la Région des Pays de la Loire a voté son propre programme pour la Loire et l’estuaire. Un plan qui intègre le développement économique et touristique.

Pour Christophe Dougé, le conseiller régional qui suit ce dossier, ce qui compte le plus aujourd’hui c’est d’avoir pu se mettre d’accord sur un scénario d’intervention à long terme. 

De nouveaux chantiers de dévégétalisation sont programmés en 2014 et 2015 à Mauves-sur-Loire, Oudon ou au Cellier. Leur démarrage est soumis à l'obtention des arrêtés préfectoraux liés à la protection des espèces. Conçus pour rester à fleur d’eau, Les épis sont aujourd’hui trop hauts de plusieurs dizaines de centimètres à cause de la baisse du niveau de la Loire. Entre les Ponts-de-Cé et Nantes, on compte environ 700 épis. Les interventions sur les épis pour les raboter commenceront dans une dizaine d'années.  En 2009, des travaux expérimentaux sur les épis ont été réalisés à Bouchemaine dans le Maine-et-Loire. 

Des épis à raboter 
Des espèces à protéger 

Parmi les espèces à protéger sur la Loire, on trouve quelques familles de castors et des colonies d'hirondelles de rivages. Les équipes de Voies navigables de France en ont repéré quelques uns dans le secteur Ancenis-Champtoceaux. Ils laissent des traces assez claires dans le paysage. [vidéo de gauche]. Les hirondelles de rivages sont des intermittentes de la Loire [vidéo de droite]. Elles creusent leurs nids dans les rives de la Loire. Des nids qui chaque année sont détruits par la montée des eaux.  
L'île Neuve vue de Champtoceaux en janvier lors d'une crue puis au mois de mai
Ile Macrière Ancenis | Photo : CLD - PiDé 
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Le Plan Loire Grandeur Nature

Le programme régional d'action pour la Loire et son estuaire

© Textes, photos sauf mention contraire et vidéos : Nicolas Dumez | Région des Pays de la Loire | Juin 2014

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